Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon
A.R.C. // Comedia Napoli !

COMEDIA NAPOLI ! - 2015-2016 [1]

« Une première série de chapitres sera consacrée 

à tes "sources pédagogiques" les plus immédiates.

Tu vas tout de suite penser à ton père, à ta mère, 
à l’école et à la télévision.
Il ne s’agit pas de cela. »

La tendance à considérer comme pédagogique uniquement ce qui relève directement d’une instance pédagogique est presque irrésistible. Qu’ils soient familiaux, scolaires ou autres, ces points de repère institués rendent souvent invisibles d’autres « sources pédagogiques », d’autres manières d’apprendre à faire partie du monde. La confusion entre un savoir dispensé de manière organisée et intentionnelle et un apprentissage qui se tisse de façon imperceptible au fil du temps n’existe pas que dans la tête hirsute de Gennariello, le destinataire fictif du « petit traité pédagogique » éponyme de Pier-Paolo Pasolini. [2]

Comment peut-on penser ce qu’on appelle pédagogie en écartant la famille, l’école et les autres machines bavardes qui nous entourent ? Comment peut-on penser ce mot qu’on prononce si souvent de façon automatique comme si son sens allait de soi ? Au printemps 1975, Pier-Paolo Pasolini proposait un détour par le milieu : « tes sources les plus immédiates sont muettes », écrit-il à son jeune disciple Napolitain. Elles sont « matérielles, objectuelles, inertes, purement présentes ». Oppure parlano [3]. Les choses autour de nous parlent leur propre langage. Muettes elles s’adressent à nous, matérielles elles ouvrent à plus que leur seule présence visible : « elles portent en elles, figé, ce je ne sais quoi de cosmique qui constitue l’esprit » du monde où on fait nos premiers pas. Elles nous disent où on est né, dans quel monde on vit, comment on doit concevoir notre naissance et notre vie. Il s’agit pour Pasolini d’un « discours inarticulé, fixe et incontestable », qui ne peut être que « autoritaire et répressif ». Un discours qui s’adresse à nous n’admettant « aucune réplique » : « le langage des choses » se pose initialement comme absolu. Ce premier souvenir d’un rideau « blanc, transparent et me semble-t-il immobile, accroché à une fenêtre donnant sur une ruelle plutôt triste et sombre » angoisse et terrorise le cinéaste italien. « Dans ce rideau, se résume et s’incarne tout entier l’esprit de la maison où je suis né. C’est une maison bourgeoise à Bologne ». Le rideau inerte l’imprègne de son esprit petit-bourgeois : « j’ai cru que le monde entier était le monde que ce rideau m’apprenait : j’ai cru que le monde entier était respectable, idéaliste, triste, sceptique et un peu vulgaire – bref, petit bourgeois ». Il raconte à Gennariello comment, par la suite, d’autres rideaux et d’autres discours des choses sont venus contredire ses premières impressions. Et, la seule présence du jeune Napolitain dans le récit oblige sans doute à imaginer de rideaux qu’un vent chaud fait sortir des fenêtres vers des rues bruyantes et délabrées comme celles de Naples. « Mais que de temps a-t-il fallu, mon cher Gennariello, pour que ces premiers discours soient mis en doute et explicitement contestés par les suivants ! » Ils peuvent rester « invincibles pendant de longues années ». 
Ce qui selon Pasolini apparaît comme un langage notamment négatif, répressif et nocif peut également être vu comme une multitude de langages muets qui se croisent, se superposent, se scindent et s’ajoutent le long d’une vie. Nous portons en nous nos propres rideaux, que tantôt on ferme tantôt on ouvre. Souvenirs - fardeaux - fissures de fuite.

 Dans l’A.R.C. Comedia Napoli !, nous avons dit « archéofuturologie » plutôt que pédagogie et nous avons choisi de travailler sans projet prédéfini autre que « le désir
 de concevoir et expérimenter collectivement une forme d’enseignement alternatif. Afin de donner vie à cet humble fantasme, nous avons constitué un groupe d’archéo–futurologues en quête d’une hétérotopie napolitaine » : nous avons écarté l’approche thématique et la notion de projet pour voir comment notre objet pourrait devenir l’Atelier de recherche et création lui-même. L’Atelier, c’est-à-dire « nous », un « nous » qui n’existait pas encore quand on a commencé à imaginer ce que ça pourrait devenir un soir de juin 2015 sur la place Sainte-Marthe à Paris.

Proposé par Daniele Balit, Isabelle Massu, Martha Salimbeni (ISBA, Institut des beaux-arts de Besançon) et Madeleine Aktypi (EMA, École Media Art Ema Fructidor), l’Atelier de recherche et création (A.R.C.) COMEDIA NAPOLI ! a réuni 12 étudiant-e-s toutes années confondues : Aurélie Celanie, Léa Cumin, Léa Delbos, Alex Guffroy, Chloé Guillermin, Abigaïl Frantz, Quentin Lacroix, Ronan Querrec, Émilie Vuiller de l’ISBA et Julie Carrion, Kévin Berny, Pablo Houise et Naomi Monderer de l’EMA. Structuré autour de trois temps forts de travail qui ont ponctué l’année scolaire 2015-2016, le projet s’est articulé entre une première semaine à l’ISBA (décembre 2015), une semaine de voyage de recherche à Naples en avril 2016 et, enfin, une semaine d’édition et de présentation à Ema Fructidor en mai 2016.
Ces trois sessions de travail ont produit le triple jeu Comedia Napoli ! (jeu urbain, jeu de construction, puzzle, produit à l’ISBA), le Napzine (édition faite sur place à Naples), une exposition collective mobile, la Pink Cube (valise préparée par Alex Guffroy), et, enfin, une édition papier, imprimée à Ema Fructidor en mai 2016 dont la version pdf est téléchargeable ici.

COMEDIA NAPOLI ! réunit 12 étudiant-e-s toutes années confondues : Aurélie Celanie, Léa Cumin, Léa Delbos, Alex Guffroy, Chloé Guillermin, Abigaïl Frantz, Quentin Lacroix, Ronan Querrec, Émilie Vuiller de l’ISBA et Julie Carrion, Kévin Berny, Pablo Houise et Naomi Monderer de l’EMA. Structuré autour de trois temps forts de travail qui ont ponctué l’année scolaire 2015-2016, le projet s’est articulé entre une première semaine à l’ISBA (décembre 2015), une semaine de voyage de recherche à Naples en avril 2016 et, enfin, une semaine d’édition et de présentation à Ema Fructidor en mai 2016.

PDF - 8.1 Mo
Comedia Napoli !

 

[1Proposé par Daniele Balit, Isabelle Massu, Martha Salimbeni (ISBA, Institut des beaux-arts de Besançon) et Madeleine Aktypi (EMA, École Media Art Ema Fructidor), l’Atelier de recherche et création (A.R.C.)

[2Pier-Paolo Pasolini, Lettres luthériennes, éditions du Seuil, 1976, (2000 pour l’édition française).

[3Et pourtant elles parlent.


Institut Supérieur des Beaux Arts de Besançon I 12, rue Denis Papin, 25000 Besançon I T. +33 (0)3 81 87 81 30