Sales Con·nes part d’un constat simple : les mots qu’on lance aux femmes pour les faire taire ne sont pas des accidents de langage. HystĂ©rique, sorciĂšre, salope, furie, garce, conne, folle⊠ces mots traversent les siĂšcles en punissant toujours la mĂȘme chose. Celle qui parle trop fort, qui prend trop de place, qui sait, qui refuse. Ensemble ils dessinent en creux le portrait de la femme idĂ©ale selon ce systĂšme : silencieuse, conforme, transparente. Ce projet s’intĂ©resse non pas Ă la blessure, mais Ă ce qu’on en fait. Au moment prĂ©cis oĂč le mot cesse d’appartenir Ă celui qui le lance et commence Ă appartenir Ă celle qui le reçoit.
Ce mĂ©canisme, celui du retournement de l’injure, a une longue histoire. Les 343 salopes de 1971. Les slutwalkers de 2011. Les sales connes de 2025. Ă chaque gĂ©nĂ©ration le mĂȘme geste, la mĂȘme dĂ©cision : ne plus encaisser en silence, ramasser le mot et en faire autre chose.
Sales Con·nes prend la forme d’un atelier de crĂ©ation collective d’outils de lutte oĂč les objets graphiques ne se contemplent pas, ils se prennent, se portent, se distribuent, se collent. Parce que je suis graphiste, et que mon territoire naturel c’est la typographie, l’impression, l’Ă©dition. Parce que la manif est elle-mĂȘme un acte de langage. Et parce que je voulais faire un projet qui me ressemble : rageur, prĂ©cis, et fait pour circuler au-delĂ de l’exposition